Drriiiiiiiiiiiiiinggg !!
La cloche sonnait, il était seize heures en ce long jeudi de septembre.
"-Vite on va être en retard pour le cours d'histoire! C'est le premier et ça commence mal !
-C'est pas grave, c'est un cours d'histoire... lui répondis-je
-Oui mais c'est le premier de l'année !
Arrivés dans la salle de classe n° 124, qu'ils avaient déjà eu l'occasion d'essayer durant quatre heures de maths, ils se trouvèrent une place au premier rang, la seule table restante.
Malgré leur retard, la prof d'histoire n'était pas dans la salle.
- Eh, vous ne savez pas où elle est la prof? Demande un élève derrière nous.
-Non, on vient d'arriver, et on ne l'a pas encore vu, répond Laurel.
-T'as vu qu'il n'y avait pas besoin de se dépêcher, on est même en avance.
-Oui, c'est vrai m...
"VrAOuM" !!
La porte s'ouvrit brusquement, cognant et rebondissant sur le mur situé derrière !!
-Weuh désolée pour mon retard, je finissais ma clope!
Elle venait d'entrer, et elle était là, devant nous. Environ un mètre quatre vingt d'horreur, des cheveux blonds dans tous les sens, assez courts, un regard à la fois méchant et vide, et en dessous... ce fut une chose difficile à décrire. Peut être des cernes, personne ne le sait. Elle avait une peau bouffée par le tabac, et la voix n'était pas mieux.
-Bonjour, alors je me présente, Je suis Mme Harrys votre prof d'histoire géographie et d'éducation civique juridique et sociale, alors je vous ai donc deux heu...
-Putain je commence déjà à m'endormir...
-Tu peux te taire toi la bas? Intervient la prof
Je lui répondis "oui madame" sans y faire attention.
Elle reprit ses explications du début d'année, vérifie l'emplois du temps...
-Nous commencerons l'année dans le thème des inégalités dans le monde.
Les élèves furent alors pris d'un enthousiasme de folie à cette idée... Quelque chose qu'ils ont déjà faite les quatre années précédente allait se reproduire. Certains commençaient déjà à désespérer.
La prof releva les yeux de sa feuille, et remarqua les expressions sur leur visage, mais rebaissa les yeux et ajouta :
-En histoire, nous ferons la diffusion du christianisme de jésus christ, et en ECJS n...
-Madame c'est qui José Cru ? demanda un élève.
-On verra ça en temps voulu. Bon, sortez une feuille et de quoi écrire.
Elle posa plusieurs questions auxquelles elle avait déjà la réponse sur une feuille, personne n'avait jamais compris pourquoi les profs faisaient toujours ça...
Après avoir remplit ce long questionnaire, la sonnerie retentit de nouveau, une heure venait de s'écouler, et il en restait plus qu'une avant la fin de la journée.
La dernière heure se déroula dans l'ennui le plus mortel, mais tout le monde en ressorti vivant, désespéré, fatigué, et heureux a la fois. La journée la plus longue de la semaine venait de se terminer.
-Allez, courage c'est presque les vacances !!
-Ouais, encore ces deux maudites heures d'histoire, une journée, et on est libre !
-On va faire quoi cette fois tu penses?
-Je sais même pas où on en est... on a qu'a apprendre le langage de la prof, peut être qu'on la comprendra un jour...
La prof s'approcha de nous, avec un air que je n'aimais pas, puis sans me regarder, elle m'ordonna de sortir le dernier cours qu'on était supposé avoir écrit.
Je commençais à chercher dans mon sac, passa bien deux minutes, et y ressorti une chemise verte, dans laquelle je pris une feuille blanche.
-Comment tu vas te faire défoncer ! Se moqua mon voisin.
-Ouais, faudrait que je pense à me faire un classeur d'histoire un de ces jours, il me faudrait une bonne dizaine de minutes pour retrouver une feuille.
-Moi c'est pas mieux, j'ai pas de classeur et j'en écris encore moins!
-C'est ça ton cours?! Interrogea la prof.
-Euh non... j'ai oublié mon classeur.
-Tu te moques de moi, ça fait déjà deux fois que je te le demande et tu me le montres pas!
Elle continua son chemin et alla voir le classeur de Simon, surnommé Pigloo, un peu fayot, mais ça aide des fois. Elle regarda ses feuilles, puis commença le cours.
Elle se mit à parler, tout en faisant des gestes, ou plutôt des signes avec ses mains, On n'avait encore jamais compris pourquoi elle faisait ça... Peut être nous prenait elle pour des sourds, ou alors c'est peut être pour compenser son défaut d'énonciation, car elle a du mal a dire une phrase entière, compréhensible, et sans rajouter de petits commentaires subjectifs.
On se mit à l'imiter quand elle ne nous regardait pas, c'était pas une chose facile, mais au moins on apprenait quelque chose, et marrant en plus.
-Les panathénées ont été créées pour l'intégration de la Cité Athénienne!
Elle disait cette phrase en mettant trois doigts pliés devant elle en disant le mot "intégration", faisant un angle droit entre sa paume et ses phalanges de sa main droite pour le mot "cité" et un signe indescriptible pour le dernier mot.
On l'imitait quand tout à coup elle ajouta "Y en a deux qui vont passer par la porte".
On se regarda moi et mon voisin.
-Elle parle de nous?
-Euh... je crois...
Dans la deuxième heure, elle passa devant nous, et se prit les pieds dans mes jambes, elle commença à perdre l'équilibre mais se rattrapa à temps. Personne ne dit rien, sous peine de recevoir le regard de Rambo, aussi moche soit il, personne le voulait. Et la prof dit à voix basse "Y en a qui veulent ma mort ici".
Le plus dur est d'essayer de se retenir d'imaginer la chute de la prof... Mais quand on nous fixe, on n'a pas le choix, faut pas y penser, et faire semblant de suivre le cours.
Les heures, les jours, et les semaines passèrent dans un profond ennui depuis la rentrée des vacances de la toussaint; migrant entre la salle de perm et le hall, heure de glandouille sur heure de glandouille, c'est ainsi que se déroulait la majeure partie du temps libre. Non pas que j'ai la flemme de bosser, c'est juste que... Oh et puis si!!
La sonnerie retentit, c'est le moment d'aller en récré. Comme tous les lundis on a deux à trois heures de perm en début de journée, qu'on passe souvent dans le hall, mais en ce matin de décembre ça caillait alors on avait décidé d'aller en salle de perm, au moins là haut c'était chauffé.
En descendant les marches, on remarqua qu'on était suivi par Rambo.
-Eh les gars ne vous retournez pas !
-pourquoi?
-ça vaut mieux pour toi.
Mais il n'écouta pas, se retourna, et se retrouva nez à nez avec elle. Il n'avait jamais vu une horreur pareille. La prof vit son visage horrifié, quand tout à coup elle allait lui demander quelque chose, il se retourna et tourna à droite, s'éloignant de la prof à grands pas.
-Je t'avais dis de ne pas te retourner!
-Ouais mais t'aurais pu me dire que c'était elle! J'ai jamais vu une horreur pareille... Même un calamar croisé avec une méduse et de l'encre de pieuvre plein la gueule serait plus beau !!!
-Je sais mais... T'es obligé de tout le temps la comparer à un mollusque? Je dis pas que t'as tord, mais ça me donne envie de gerber a chaque fois.
-Désolé, je voyais pas d'autres mots...
On regarda par la baie vitrée, elle était là, juste de l'autre coté, dans la zone fumeurs. A chaque récréation, moment de libre, et même parfois interclasse, elle était là, une clope à la bouche, et elle fumait, fumait, jusqu'à ce que la sonnerie annonce la fin de la pause.
-Tu penses qu'elle en fume combien par jour?
-Je sais pas... pas assez de doigts pour compter le nombre de paquets.
-Ah oui c'est vrai... Et pour compter la quantité de Whisky c'est pas facile non plus...
L'heure de permanence suivante se déroula dans une glandouille absolue, pas envie de bosser un lundi matin. Lorsqu'on entendit la sonnerie, on se leva, direction la salle 115, en destination de l'ennui mortel, veuillez attacher vos lacets, le voyage va être quelque peu mouvementé.
On entre dans la salle... un désespoir de condamné à mort régnait ici, et l'odeur qui va avec. Première table, devant, a droite, contre le mur, on se pose, on se repose et on fait des pauses.
Je sors ma trousse, par habitude. Toujours pas de classeur, rien d'autre à sortir à part une feuille vierge. Comme à l'ordinaire, je me mets à causer avec mon voisin... Tout le monde le faisait déjà d'ailleurs. Et on continua à parler le reste du cours.
La prof continuait son charabia, elle parlait toute seule, parfois elle regardait son stylo, son livre, ce qui lui donnait l'impression de parler à l'oreille de n'importe quoi.
Lorsque, d'un coup, un mot sorti de sa bouche :
-TERROOORIIISTEUH !!!
Elle venait de se prendre les pieds dans mes jambes, pour la deuxième fois de l'année. Elle n'était pas tombée, mais avait juste perdu un peu l'équilibre. C'était le seul mot qui était sorti.
J'étais mort de rire, comme la majorité de la classe, et elle ajouta "et en plus il rigole!".
La prof reprit le cours, toujours aussi ennuyeux, mais amusant. Elle continuait de raconter sa vie, tout en faisant une multitude de gestes qui étaient maintenant devenus significatifs à nos yeux. Au fil des dernières semaines on avait appris, et accumulé ce que voulaient dire ces gestes qu'elle faisait tout le temps. Ils sont étranges, bizarres, et insignifiants au début, mais plus ça va, et plus ça veut dire quelque chose à nos yeux, mais ils n'en restent pas moins étranges.
-Faudrait qu'on répertorie tous les gestes, avec les mots correspondants un de ces jours, me dit mon voisin en plein cours.
-Ouais c'est une bonne idée... Mais il y en a un paquet... et en ce moment y a la flemme qui m'envahit, et elle me lâche pas, je verrais quand j'aurais le temps de travailler.
-Ok... T'as raison, pourquoi bosser alors qu'on peut glander...
Un beau jour de printemps, le beau soleil s'était levé assez tôt, les nuages l'avaient abandonné ce matin là. Il y avait un très léger souffle de vent tiède au dehors, un ciel tout bleu, sans aucun nuage, ce qui laissait apparaître le soleil dans toute sa splendeur. Il ne faisait ni trop chaud, ni trop froid, mais une bonne température de printemps aux alentours de vingt cinq degrés. Les petits oiseaux volaient d'arbre en arbre, lesquels ont retrouvé leurs feuilles perdues durant l'automne, et ils sont maintenant merveilleusement florissants. Je voyais ces petits oiseaux battre des ailes dans le vent, libres comme l'air, pendant que j'étais là, derrière cette fenêtre de la salle 124, pris dans les entrailles de ces murs, vieux, moches, avec quelques décos dessus pour essayer de les embellir; sans succès. Ceci définit par ailleurs bien la prof avec laquelle on a cours en ce moment; qui depuis ces derniers mois ne s'est pas arrangée.
Cigarette sur cigarette, paquets sur paquets, cartouche sur cartouche... Depuis la loi de janvier, il était interdit de fumer dans l'enceinte du lycée, ce qui a eu pour conséquence de voir les trottoirs être envahi, non pas de gens, mais c'était tout inondé de clopes, qui commençaient à se retrouver sur la route. On avait pourtant tout fait pour limiter la consommation de cette prof qui augmentait au fil des jours, passant de trois paquets par jour, à une demi cartouche, puis une entière...
On dénombrait des centaines, peut être même des milliers de mégots par terre, elle avait commencé par y aller à chaque récréation, en continuant aux interclasses, puis en finissant par même y aller pendant les cours. Son état physique ne s'est pas arrangé, devenant de plus en plus monstrueux, rares sont les personnes qui osent la regarder en face aujourd'hui...
Ses cheveux sont de plus en plus emmêlés, arrachés... Ses yeux commencent à devenir jaunes et ces "cernes" autrefois d'une couleur assez foncée, sont maintenant devenus complètement noirs, et descendants jusqu'à la moitié des joues. La cigarette avait détruit la moitié de ses dents, et sa peau est devenue comme moisie, pourrie, en état de décomposition, selon les préférences de vocabulaire.
Et on est obligé de subir ça, cinq heures par semaine, voir une horreur comme ça, pendant qu'on apercevait au loin les petits oisillons mignons, souples et légers, tournoyer dans les airs.
Et elle était là, devant nous, comme d'habitude. Elle faisait son cours, et depuis quelques mois seulement deux personnes prenaient les cours en note, tous les autres discutaient entre eux, jouaient aux cartes... Les plus sérieux faisaient les devoirs demandés pour les autres matières.
-Weuh... Je suis désolée mais j'ai perdu tous vos devoirs que vous m'avez rendu la dernière fois...commença la prof.
-elle voit tellement mal qu'elle a dû les mettre à la cheminée, murmura quelqu'un.
-non, elle a dû les utiliser pour ses feuilles de cigarettes, contesta un autre.
-peut être qu'elle avait trop bu et qu'elle ne se rappelle pas où elle les a mis, rajouta une fille.
-mais non c'est parce qu'elle est trop co...
-Pour m'excuser, je vais mettre un dix sur vingt à tout le monde!
-Quoi !? Mais non c'es injuste, on aurait eu au moins 17 !!
-Non moi j'aurais eu 18!
-Euh moi ça m'arrange j'aurais eu moins de 6...
-Bweuh alors je vous mettrais 12 et c'est tout!
Elle se baissa derrière son bureau, et chercha quelque chose dans son sac. Après quelques secondes, on entendit quelque chose... Comme quelqu'un qui buvait.
La sonnerie retentit brusquement, réveillant les quelques élèves qui dormaient profondément.
La prof, prise d'un mouvement de panique se faufila jusqu'à son sac et y rangea précipitamment ce qu'elle avait dans les mains. Tout le monde avait vu que c'était une bouteille de Whisky, ce n'était pas la première fois qu'elle la sortait.
Tous les élèves avaient déjà rangé leurs affaires avant la fin de la sonnerie, et étaient sortis précipitamment de la salle, comme d'habitude. Ils restèrent en haut des escaliers sur le palier, et regardaient par les fenêtres le merveilleux temps qu'il faisait dehors...
-Hey regardez il y a la droguée qui va encore fumer ses clopes sur le trottoir !!
Ils tournèrent la tête en direction de la rue, et virent la prof, comme d'habitude, passer sa pause à fumer.
Elle ouvrit son sac, où elle avait rangé sa bouteille, et y sortit son paquet dans lequel elle prit une cigarette, qu'elle porta directement à la bouche. Elle mit sa main dans sa poche gauche, et y ressortit son briquet, qu'elle essaya de faire fonctionner. En vain.
Elle commençait à stresser et n'arrivait plus à faire une seule flamme. Une étincelle...Une autre... puis une flamme !!
Elle avait réussi, et s'apprêtait à allumer la cigarette.
Une goutte tomba du bout de la cigarette et vint s'écraser sur le sol, juste a coté d'une flaque qui s'élargissait petit a petit, et qui entourait maintenant son sac qu'elle avait posé au sol.
Elle leva la main. La flamme toucha le bout de la cigarette, et s'enflamma instantanément. La flamme bleue atteint le bout opposé de la cigarette en une fraction de seconde.
Saisie par l'effet de surprise, elle lâcha la clope flamboyante qui vint s'écraser sur le sol, à quelques centimètres du sac, dans la flaque. Le sac s'embrasa à son tour... Elle venait de comprendre. La bouteille ayant été fermée rapidement, elle avait mal été rebouchée, et s'était déversée dans le sac.
Tout à coup, la bouteille explosa, et le sac partit en morceau dans toutes les directions. Une partie de l'alcool aspergea la prof, qui paniqua et se mit à courir dans tous les sens. Une grande partie du trottoir était alors enflammé, elle se dirigea vers la route, et commença à traverser.
Un grand bruit retentit, suivi de plusieurs cris d'effroi, puis de quelques hurlements de joie.
Une voiture était arrivée au moment où elle traversait. N'ayant pas le temps de s'arrêter, elle l'avait percuté de plein fouet. Sous le choc, le pare-choc et le pare-brise se sont déformés et ont volé en éclats. La prof rebondit et fut projetée dans l'autre sens, écrasée par l'avant d'un camion qui arrivait à toute allure... On entendit un gros craquement, un crissement de pneus. De la fumée. Une marre de sang. Des cris. Des pleurs. Des rires.
Deux semaines s'étaient écoulées sans avoir aucune nouvelle depuis l'incident de la prof d'histoire-géo, car personne n'osait en parler.
-« Pour calculer la valeur en radian vous devez imaginer qu'un fil infini s'enroule autour du...
VRAAAOUMM !! La porte de la salle 124 vola en éclats et une silhouette apparue dans le nuage de poussières.
-Weuh votre professeur préféré est de retour, et on va rattraper le temps perdu !
-Mais, euh... Mme Harrys, je suis désolée de vous importuner... Commença Mme Linsain notre professeur de maths.
-Beuh évitez de me déranger en plein cours s'il vous plait, coupa Mme Harrys, on a de la cigarette sur la planche !
-Techniquement c'est mon cours dans ce créneau horai..
-Ouais mais ça a changé, et on a des heures a rattraper, pour le plaisir de nos élèves.
Alors L'HUMANISME! Est l'avenir des hommes au XVIe siècle! A cet époque les artistes étaient très optimistes... D'ailleurs vous pouvez observer la magnifique symétrie atmosphérique à la page 162! Ainsi que des superbes sculptures à la page 148. Qu'est ce qu'ils etaient beaux les hommes... Musclés, et bien membrés.. Heum bon alors ensuite...
Et elle continuait son monologue, pendant que toute la classe était figée, et observait avec effroi la nouvelle allure de la prof.
Personne n'aurait cru voir pire que Mme Harrys avant l'accident, jamais. Erreur.